La Ruralité Réunionnaise : un héritage du système colonial de plantation

Présentation de Monsieur Wilfrid BERTILE

La ruralité : qui concerne les choses et les gens de la campagne. Hier, elle constituait presque toute La Réunion. Aujourd’hui, elle est bouleversée et en recul. Et demain ? « Si tu ne sais pas où tu vas, demande-toi d’où tu viens »

Elle est duale : les Bas et les Hauts. Reflète deux projets sociaux différents : celui du système de plantation ; celui de ses vaincus, de ses laissés pour compte. Dans un contexte colonial

LES BAS : LA RURALITÉ DU SYSTÈME DE PLANTATION

Produire pour la Métropole : • Le décor : les plaines et les basses pentes littorales chaudes et humides • Le projet : produire en grand des denrées tropicales pour la Métropole ; économie cyclique • Les moyens : cohérence systémique ; rôle de la Compagnie des Indes ; de vastes concessions ; main d’œuvre abondante et bon marché (l’esclavage, les engagés, les colons) ; les capitaux ; capitalisme ; des méthodes modernes.

Les Bas : la ruralité du système de plantation :

  • Monoculture sucrière : à la fin de la période coloniale, tout gravite autour du secteur sucrier. 80% des habitants en vivent dont 74% de planteurs ; l’essentiel des exportations, grands domaines sucriers, nombreuses usines, 13 dans les années 1950 ; y sont concentrés moyens de circulation.
  • Détermine les genres de vie, coupe : grand remue-ménage annuel, importance dans la vie quotidienne de la paie du samedi pour les journaliers agricoles ou les avances des usiniers aux planteurs.
  • Habitat groupé dans les anciens camps d’esclaves et d’engagés sur les grands domaines avec maisons de maîtres et autour des usines.
  • Des contrastes sociaux : peu de Blancs, population majoritairement de couleur, patriciens et plébéiens, gros planteurs et masse de petits planteurs, de colons, de journaliers agricoles.

Une variété régionale liée au climat et aux structures agraires :

  • Plaine au vent de Saint-Denis à Ste Rose : région de plantation par excellence, grands domaines en FVD, le Champ Borne petits maraîchers.
  • Sous-le-vent : sécheresse, ruban cannier à mi-pente ; les grands propriétaires absentéistes, appel au colonat partiaire, moyennes propriétés ; polyculture étagée, plus grande dispersion de l’habitat le long des routes parallèles au rivage et sur les bretelles de raccordement.
  • Pentes occidentales en difficultés : le Sud riche et plus équilibré ; plus grande présence des Blancs, Petite-Ile et Saint-Joseph, région côtière de peuplement blanc.

LES HAUTS ET LES RURALITÉS MARGINALES DES BAS

Les Hauts un espace paysan : • Le projet : une économie de subsistance

  • Le décor : des Hauts montagneux et morcelés un espace d’altitude morcelé ; éloignement ; isolement ; enclavement.
  • Les laissés pour compte du système de plantation : petits Blancs et affranchis : population flottante, misérable, vivant d’expédients.
  • But de la subsistance : cultures vivrières et cultures secondaires d’exportation

• Une civilisation paysanne - Une population de petits Blancs ; ni capitaux, ni techniques, mentalité routine et misère - Des petits propriétaires - Agriculture primitive sur brûlis

• Cirques et pentes externes - L’occupation spontanée des cirques et des hautes vallées du Sud par les petits Blancs ; population en noyaux dans les îlets ; cultures vivrières ; - Les pentes externes : échec de la colonisation officielle (hautes plaines) ; une polyculture étagée ( cultures vivrières, élevage ; plantes à parfum) ; population dispersée le long des voies de communication.

• Les ruralités marginales des Bas

  • Côte occidentale sèche, pas de canne sauf zones irriguées ; élevage extensif de caprins ; pêche côtière et dans les lagons ; cueillette de coraux fours à chaux ; peu peuplé.

UNE RURALITÉ EXTRAVERTIE

Les territoires sont des êtres vivants ; des espaces en interactions • La domination des Hauts par les Bas Dualité mais aussi duel - Concours demandé en hommes (main d’œuvre pour la coupe ; dockers pour le port ; ouvriers de Cilaos pour les chantiers dionysiens) - Domination économique : rôle du chinois dans la commercialisation des huiles essentielles ; rôle des négociants de Saint-Denis dans leur exportation ; rôle des accapareurs pour la pêche ou la vanille. - Thermalisme, changement d’air au bénéfice des Bas - Dépendance des services urbains

• La domination de l’ensemble par la Métropole - Les besoins de la Métropole structurent ou modifient les espaces ruraux (économie cyclique) ; décisions extérieures entraînant marasme ou prospérité ; extension ou rétraction des campagnes. - La dépendance : exclusif colonial et monopole du pavillon ; importations, non industrialisation et « vocation agricole » - Des espaces inachevés : des périphéries à moteur externes • Une urbanisation à la fois endogène et exogène - Des villes créées pour les besoins de la campagne (dans l’Est tous les 10kms) Etat-civil ; commerce de distribution ; notaires. - Similitudes entre les concessions rurales et l’emplacement urbain ; maisons créoles en ville et sur les grands domaines… - Une capitale et un port créés pour assurer la liaison, la jonction avec la Métropole.

CONCLUSION La campagne, hier, espace de production avec l’essentiel de la population.

  • Trois filiations : celle de la plantation ; celle des laissés-pour-compte du système ; celle, globale de la colonisation.
  • Aujourd’hui : tertiairisation et urbanisation, la ville devient dominante et créatrice de la campagne, homogénéisation des campagnes sous l’influence de la ville.
  • Espaces ruraux : ils deviennent espaces de consommation et espaces de préservation.
  • Multiplicité des fonctions et querelles d’usages.
  • Le système actuel étant à bout de souffle, quelle ruralité demain dans un projet de Réunion réunionnaise ?
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Intervention de Wilfrid BERTILE.

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