Discours d’accueil du Maire

Discours d’accueil du Maire

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Vous voir ce matin aussi nombreux, rassemblés dans cet auditorium est pour la Ville de Saint Joseph un motif de satisfaction, voire même de fierté. Que des universitaires, des techniciens, des administratifs, des associations, des agriculteurs, des commerçants, des artisans, des citoyens anonymes sortent un moment de leur quotidienneté et prennent de leur temps pour apprendre, échanger et témoigner de leur expérience autour de la ruralité, cela montre bien, s’il fallait encore la démontrer, la nécessité de cette rencontre.

Notre université rurale est avant tout le dialogue entre les savoir, le savoir issu de l’expérience, de la confrontation avec le réel, le savoir tèr à terres, comme le proclame le bandeau de nos affiches et le savoir des sachants, ô combien utile quand ils ouvrent des pistes de réflexions négligées jusqu’à présent ou complètement ignorées.

Cet équilibre entre la réflexion théorique et l’action pratique est une condition indispensable à la constitution de la connaissance, connaissance que nous allons partager pendant ces trois jours.

Cette université rurale n’est pas isolée dans le temps, ni dans l’espace.

• Elle n’est pas isolée dans le temps, car elle s’inscrit dans une dynamique qui a démarré depuis fort longtemps. En ce qui nous concerne, depuis 2004, quand nous avons acté le principe de la création de l’Université Rurale dont la première édition a eu lieu la même année. Elle s’est poursuivie en s’amplifiant dans le temps. Si elle a perduré jusqu’à présent, c’est, je crois, parce que nous avons su être à l’écoute du monde rural, en éprouver ses incertitudes, ses espoirs, ses convictions et sa confiance en l’avenir.

• Elle n’est pas isolée dans le temps, car hier encore nous avons débattu dans deux kafékozé. Un premier a été consacré à la nécessité de constituer un réseau rural indianocéanique et un deuxième a été consacré à la réflexion sur la valorisation de l’ancienne féculerie près de la Caverne des Hirondelles. Le 12 décembre, un troisième kafékozé s’attachera à la valorisation du fonds rural de notre nouvelle médiathèque qui sera inaugurée ce vendredi.

• Elle n’est pas isolée dans le temps, car elle se poursuivra sous forme d’Université Rurale permanente qui déploiera son programme et ses actions tout au long de l’année. Nous aurons l’occasion d’y revenir plus longuement, un peu plus loin.

• Elle n’est pas non plus isolée dans l’espace, car la ruralité n’est pas et ne saurait être uniquement une préoccupation saint-joséphoise. La présence de nombreux participants d’autres collectivités, Saint Louis, Plaine des Palmistes, Possession, Le Tampon, Salazie… montre la pertinence de notre initiative, son rayonnement et son utilité. Elle rayonne aussi, au-delà de notre frontière insulaire. Et je veux saluer ici tout particulièrement la délégation mahoraise conduite par le vive-président du Conseil Départemental M. Issa Abdou et de Mme. Rifkati Omar Foundi, Adjointe au maire de Bandrélé et la délégation rodriguaise conduite par Mme la Commissaire Franchette Gaspard. Je tiens aussi à saluer le groupe de la Chambre de Commerce de Rodrigues qui, spontanément est venue participer à nos travaux : nous leur souhaitons la bienvenue. Je profite aussi de l’occasion pour remercier M. Benoît Jolicœur, ancien Ministre de Rodrigues, qui n’a eu de cesse d’œuvrer pour que Rodrigues soit étroitement associée à cette sixième édition dont elle est l’invitée d’honneur.

Mesdames et Messieurs, permettez-moi de vous surprendre en vous affirmant que l’idée de ruralité est une idée révolutionnaire. Une idée révolutionnaire permanente, pour la simple raison qu’elle nous convie en permanence à l’innovation économique, sociale, culturelle ; innovation aussi sur le plan de la gouvernance. Dans le contexte de la mondialisation qui ouvre des perspectives, certes, mais qui broie aussi les individualités, les énergies locales, nous devons nous ré-ancrer territorialement pour ne pas devenir des Citoyens hors sol. Citoyens du Monde oui, mais surtout Citoyens de quelque part. Et ce quelque part est cet espace, chez nous, rural, qui crée le sentiment d’appartenance et nous donne envie d’entreprendre. La Réunion de 2017 n’est plus la Réunion de 1947 qui, au sortir de la guerre était un monde essentiellement rural comme l’a si bien décrit Jean Dufos du Rau, n’est ce pas Messieurs les géographes ? L’exode rural, qui a vu des milliers de nos bras grossir la force de travail des Bas, des villes côtières, s’est transformé en un mouvement pendulaire qui rythme les déplacements des actifs vers les villes le matin, pour un reflux vers les Hauts le soir. Et cela n’a plus du tout la même signification que l’exode rural de jadis. Ce balancement interroge la vie économique, culturelle et sociale de même qu’il interroge notre relation au monde urbain. Il définit en quelque sorte la rurbanité. Avant tout, l’évolution de nos territoires sera ce que nous aurons imaginé et construit patiemment. En tant que maire et ancien député, je peux vous assurer que le monde rural représente un enjeu majeur dans l’aménagement du territoire et dans la constitution de notre identité qui nous permet de nous affirmer debout, solidaires et engagés face aux défis qui sont devant nous.

Quels sont ces défis ?

• Le premier qui me semble évident est la création de richesses, créatrice d’emplois,

• Le deuxième est la mise en valeur raisonnée de notre territoire en structurant l’espace par la mise en œuvre d’équipements de production, de services et de lieux résidentiels,

• Le troisième réside dans la gouvernance de ces territoires. Comment reconnaître les aspirations des populations rurales à un mieux vivre, comment transformer leurs propositions en un projet de développement local ? Sur ce point précis, l’Uroi peut être le point de départ d’une réflexion partagée. Il s’agit de modifier notre regard, d’être attentifs à ces idées nouvelles, à ces projets innovants qui sont l’essence même, le ferment de notre ruralité.

Tout ce que je viens de vous dire se retrouve dans le programme de l’Uroi. Trois thèmes structurent cette édition.

• Comment rendre notre territoire plus attractif ? Quels sont les éléments de cette attractivité ? Nous sommes convaincus que ce qui caractérise un territoire attractif c’est, au delà des indicateurs économiques de la matérialité de ses ressources naturelles et de son positionnement géographique, avant tout la qualité et le génie de sa population. Ce que nous disons pour ici est tout autant valable pour nos îles avoisinantes. Comment valoriser le potentiel naturel et humain de nos îles pour enclencher une dynamique vertueuse porteuse de développement global ?

• J’ai dit tout à l’heure que l’espace rural réunionnais est un espace en constante innovation. Le deuxième thème abordera cet aspect de la ruralité. Notre identité rurale est authentique et originale. Elle est forte parce qu’elle sait faire face aux exigences de notre temps et particulièrement ceux de développement écoresponsable. De tous nos territoires ruraux émergent des bonnes volontés qui prennent des risques, qui expérimentent des process de production plus adaptés au bien vivre, mieux intégrés dans nos économies insulaires. Ce foisonnement d’initiatives est la marque première de notre ruralité. Les itinéraires de demain jeudi à Grand Coude, à Saint Leu et à Saint Pierre seront l’occasion de se rendre compte de la réalité de l’innovation.

• Tout cela n’a de sens que si nous plaçons les exigences de la ruralité dans un contexte qui définit le territoire comme un espace de production et de consommation mais aussi d’offres d’accès aux services et à l’habitat. La journée de vendredi sera consacrée à la production de la Ville. Comment imaginer et faire la ville rurale de demain ? Les outils d’aménagement habituellement utilisés pour la densification urbaine des centres villes, la rénovation urbaine comme à la Ravine Blanche n’est ce pas David, sont-ils exactement les mêmes qu’on doit utiliser pour l’aménagement de Grand Coude ou de Gol les Hauts ? La singularité des villages rodriguais et mahorais doit elle se dissoudre dans une uniformisation urbaine où être de Mirereni de Combani à Mayotte ou de Graviers à Rodrigues ne signifiera plus grand-chose dans trente ans ? Ce sont là des questions importantes et nous devons nous les poser dès maintenant pour que nos villes rurales, nos villages et nos bourgs ruraux soient à la pointe de ce que nous appelons le bien être territorial. Ce bien être territorial est le corollaire du bien vivre ensemble. Il s’appuie sur la préservation des paysages, des ressources naturelles, une offre de services de proximité, des modes de déplacement et des configurations d’emploi en phase avec la modernité. Je pense notamment au télétravail. Je vous livre là quelques pistes de réflexion. À nous, de les structurer autour de réseaux ruraux avec Gérard Peltre, Président du Mouvement Européen de la Ruralité, de nos représentants de Mayotte et de Rodrigues et du Réseau Rural Réunion piloté par le Secrétariat Général des Hauts. Les perspectives ouvertes par la fédération de ces initiatives rurales des îles du Sud- Ouest de l’Océan Indien sont prometteuses. L’Uroi, depuis 2004, s’est attelée à ce projet. Nous passons maintenant à la vitesse supérieure. Nous franchissons une autre étape par l’institution de l’Uroi permanente qui fonctionnera toute l’année. Espace de formation, de mise en réseau des initiatives rurales fortement ancrées dans le concret de proximité en lien avec le tissu associatif de nos quartiers, l’Uroi permanente sera ce que nous en ferons : à voir le nombre de personnes qui se sont déplacées ce matin, le nombre d’inscrits dans les neufs ateliers répartis sur trois jours, je suis confiant et me réjouis de votre engagement pour notre identité rurale.

Je vous remercie.

Patrick LEBRETON, Maire de Saint Joseph