Thématique 2 : la Nature, patrimoine remarquable

Par Josie Richez-Battesti
 

Concernant ce thème Nature/Patrimoine que j’ai plus particulièrement en charge pour cette synthèse, nous remarquerons que nous avons eu trois approches différentes :

1ère approche : celle du Commissaire à l’Aménagement des Hauts dont nous redisons ici que la philosophie exprimée nous est apparue particulièrement proche des nôtres, tant au niveau de la méthodologie retenue pour engager les processus à mettre en œuvre dans une dynamique largement participative et ascendante, que pour dresser les constats, les diagnostics et les projets de territoires en ayant recours à une approche systémique et intégrée des territoires et de leurs évolutions.

2ème approche : celle du Parc National, au travers des présentations qui nous ont été faites en itinéraire n°2 (Sur la Route des Laves, entre Nature et Volcan) sur place à la Plaine des Palmistes. Ce parc de nouvelle génération créé en 2007 met au centre de son discours la recherche de la conciliation des objectifs de protection de la Nature et de développement pour les sociétés locales. Et on le reçoit à la fois comme un discours bien rodé, bien que relativement novateur dans l’expression de la prise en charge des sociétés locales, et à la fois comme un défi qui devra être concrètement relevé.
Certes, suite à la Loi de 2006 qui régit maintenant les Parcs Nationaux, ce sont non seulement le vocabulaire mais aussi les possibilités d’action de ces structures qui ont évolué : la zone de Protection devient « le cœur du Parc » et la zone périphérique devient la « zone de libre adhésion », et surtout les populations sont davantage amenées à participer à l’élaboration de la Charte.
De son côté, la demande d’inscription sur la Liste des sites naturels du Patrimoine mondial de l’UNESCO qui nous fut présentée comme particulièrement importante et intéressante, pose aussi la question de l’articulation protection de la nature / tourisme. L’obtention de ce label ne pourrait que renforcer la lisibilité du caractère remarquable du volcanisme réunionnais tant auprès de la population locale que pour son image à l’extérieur. Le classement de ce site permettrait aussi de soutenir la politique du Parc National. Il serait un évident argument de promotion du tourisme étranger forcément attiré par la promesse de grand spectacle de la nature que confère une telle labellisation.
La question est déjà posée de savoir comment préparer un territoire inscrit et sa population à une augmentation conséquente de touristes aux attentes ciblées et souvent exigeantes.
Une autre question récurrente et ouverte est de savoir comment, concrètement aussi, vont s’organiser, s’imbriquer, s’articuler le Parc, le Commissariat à l’Aménagement des Hauts, les Associations et, d’une façon générale, les acteurs et actrices du développement ? Qu’est-ce qui sera déterminant de la protection ou du développement ? Comment vont fonctionner les partenariats et comment vont se négocier et s’établir les leaderships s’ils ne peuvent être évités ou partagés ?

Troisième approche : Celle des associations rencontrées durant l’itinéraire de la vallée de Langevin : l’Association citoyenne de Grand Galet, l’Association citoyenne de la Passerelle, l’AAPPMA-RS et la Fédération Régionale de Pêche, l’Association les Fleurettes.
Les rencontres avec ces associations nous ont permis de comprendre comment la population locale, sur le terrain et concrètement, au travers de la prise de conscience de l’importance de la nature pour mener un projet de développement économique et social, pouvait envisager de participer à l’élaboration d’un projet de territoire. En effet, dans la vallée de Langevin, la vie de la population se déroule au fil de l’eau. Les berges de la rivière Langevin et la rivière elle-même sont centrales dans la vie des riverains. Et ces quatre associations qui sont bien conscientes de la valeur ajoutée globale qu’apporte cette rivière à leur vallée et du potentiel qu’elle peut représenter dans une perspective de développement durable, se sont organisées pour apporter leur contribution à la protection et à la préservation du cours d’eau. Elles se posent la question essentielle à laquelle ces territoires sont confrontés : comment concilier protection et préservation de la rivière et de ces berges avec une fréquentation touristique et récréative qui a des retombées économiques importantes sur ce quartier et qui est d’autant plus importante - on peut compter ici jusqu’à 6000 véhicules/jour certaines fins de semaine- que ce territoire géré et entretenu devient encore plus attractif.
Elles ont aussi conscience qu’elles gagneraient en force d’action et en efficacité à entrer en synergie les unes avec les autres, à mutualiser leurs efforts et à fédérer leurs dynamiques. Toutes les quatre agissent et travaillent sur et pour le même territoire, affichent une volonté réelle de se coordonner malgré des objectifs et des phasages particuliers et se posent donc la question de savoir comment elles y arriveront. Nul doute que la Maison du Tourisme du Sud Sauvage, déjà très présente aux côtés de chacune de ces associations, saura trouver les moyens de les y aider.
Une proposition pourrait être de penser à des réunions communes où chacune ait les moyens de faire connaître aux autres ses pratiques, ses difficultés et même ses échecs, ses projets et, bien sûr, ses résultats, comme autant de réussites destinées à entretenir l’engagement des membres de ces associations. Cette mise en commun permettrait une évaluation collective et, au-delà, une appropriation par tous de ces dynamiques et donc leur consolidation sur le territoire. « Il y a en milieu rural, un formidable gisement d’emplois liés aux métiers du patrimoine, c’est un constat sans doute généralisable. Encore faut-il le révéler, apprendre à regarder, et développer une stratégie autour de cette dynamique de reconnaissance », nous avait dit Chantal Tramoy lors de la Deuxième UROI : cela peut être repris exactement dans les mêmes termes pour cette rivière patrimoniale de Langevin.

En bref

5ème édition de l’UROI

Rendez-vous à Saint-Joseph les 10, 11 et 12 décembre 2014 pour la 5ème édition de l’Université Rurale de l’Océan Indien à Saint-Joseph.

13 octobre 2014