Note de présentation - Rodrigues 2019

La ruralité est une force pour le développement du tourisme rodriguais

  • Du lundi 17 juin 2019 au jeudi 20 juin 2019 iCal
    L’Université Rurale de l’Ocean Indien 2019 à Rodrigues : La ruralité est une force pour le développement du tourisme rodriguais : 8e EDITION UROI / « La ruralité est une force pour le développement du tourisme rodriguais »
    L’Université Rurale de l’Océan Indien se déroulera à Rodrigues ! Du 17 au 20 juin 2019, les échanges porteront autour de « La ruralité comme source d’authenticité et atout pour le développement touristique ».
    Le programme détaillé est à retrouver dans la rubrique Édition 2019.
    Lieu : Rodrigues

Introduction

L’Université Rurale de l’Océan Indien (UROI), instituée par la ville de St Joseph en 2004, est une université populaire se voulant être une plateforme de dialogue et de réflexion valorisant les expériences de terrain ayant trait au développement des territoires. L’UROI considère la ruralité comme un atout majeur de développement qu’elle place au cœur de l’approche de valorisation des territoires.

Lors de la 7e édition l’UROI à Mayotte en décembre 2018, une résolution a été adoptée pour la tenue de la 8e édition à Rodrigues. Accueillir l’UROI, offre à Rodrigues une opportunité de pouvoir réfléchir sur sa ruralité et les rapports de celle-ci avec le développement.

Historiquement, Rodrigues est une société paysanne où la pratique de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche a donné lieu à un mode original de développement et une culture spécifique. De part, son isolement et sa petite taille, les Rodriguais ont su apprivoiser leur environnement afin d’apporter des réponses à leurs besoins essentiels. Cela a permis aux Rodriguais de développer l’autosubsistance, basée d’une part sur la pluriactivité, avec des familles pratiquant à la fois la pluri-culture, l’élevage et la pêche, et d’autre part sur des modes d’organisation de la production s’appuyant sur une forte mobilisation du travail humain et l’entre-aide. La structuration de l’espace qui en a résulté est un mode d’occupation dispersée de l’espace avec des petites surfaces agricoles qui ponctuaient la composition spatiale villages. Cette société de subsistance a aussi développé des valeurs basées sur l’entre-aide et la solidarité, une cuisine riche et variée valorisant les produits du terroir et du lagon, des pratiques traditionnelles aussi bien dans les cultures agricoles, l’élevage et la pêche, des musiques et danses traditionnelles telles que le séga-tambour et le séga-accordéon.

Rodrigues a connu dans les années 1980 un ensemble de changements, sur le plan politique notamment, qui ont entraîné une transformation de la structure sociale et économique. L’économie se tertiarise et le tourisme émerge comme un secteur de développement. Depuis lors, les Rodriguais aspirent à un développement moderne avec des exigences importantes sur les plans tant infrastructurel, économique que social.

Que reste-il de la ruralité rodriguaise paysanne avec ces transformations ? Le développement qui s’opère se fait-il au service de cette ruralité ? Quelles formes de développement à privilégier et avec quels outils afin de préserver des traits culturels émanant de la ruralité ? Considère-t-on que ces traits culturels soient source de développement durable pour Rodrigues ?

L’UROI offre donc une opportunité à Rodrigues de donner un contenu à sa ruralité et de voir comment concilier les nécessaires besoins de modernisation avec le maintien des traits culturels et des bonnes pratiques sociales et économiques forgées au cours de l’histoire. Le secteur touristique offre une porte d’entrée intéressante pour mener la réflexion sur l’articulation entre la ruralité et le développement. L’essor du secteur touristique est attribué à l’authenticité de la destination.

Quels sont les fondements de cette authenticité ? Est-ce les mêmes fondements de la ruralité : le modèle de développement agricole, l’éco-tourisme, les manière de vivre de la population (le sens de l’accueil par exemple), la musique et la danse traditionnelles, les paysages naturels encore non-dénaturés ? Est-ce que Rodrigues aurait pu connaître cet essor si elle avait connu une trajectoire différente de celle qu’elle a connu ?

Afin de mener la réflexion sur les liens entre authenticité, autrement dit l’identité, et le développement : trois thèmes d’ateliers sont retenus : l’évolution du modèle agricole rodriguais ; la culture avec un accent mis sur le séga-tambour, une expression culturelle forte de Rodrigues, et le tourisme lui-même. Ces thèmes permettront de mener un décryptage de la ruralité rodriguaise afin de mettre en lumière les défis posés.

Le thème général retenu pour la 8e édition de l’UROI est « la ruralité une force pour le développement touristique de Rodrigues ? ». L’aménagement du territoire sera traité dans le Kafé-kozé car il est un outil nécessaire pour le maintien de la ruralité et l’avenir du secteur touristique.

1. Les modèles d’agriculture et d’élevage

Historiquement, Rodrigues se caractérise par une économie agricole qui se distingue de celles de Maurice et de La Réunion où la production de la canne à sucre a été longtemps dominante tandis que cette culture a été absente à Rodrigues. Par opposition à un capitalisme d’exportation qui se mettait en place dans les îles sœurs des Mascareignes, Rodrigues était ancrée dans une économie d’autosubsistance où l’essentiel de la production agricole était destiné à la satisfaction des besoins de sa population et dont une partie était dirigée vers le marché mauricien.

Le modèle historique d’agriculture, de pêche et d’élevage rodriguais se caractérise par peu d’investissements en capital, un fort « input » en travail, un certain rapport à la terre et aux ressources naturelles et une fonction de production de nourriture pour compte propre. Par ailleurs, un grand nombre de produits issus de ce modèle de production, reconnus pour leurs qualités, confère une typicité au terroir rodriguais ? Ce modèle est confronté à des changements qui interpellent sur les effets possibles sur son développement. Dans la perspective régionale les échanges seront axés sur la question des modèles appropriés d’agriculture dans des contextes insulaires tropicaux. Quelles relations entre les modèles agricoles et l’évolution de la ruralité ? Quels éclairages la réalité de chaque île peut apporter aux autres, quelles sont les possibilités de travailler ensemble ? Quelles sont les bonnes pratiques à retenir ? Quels besoins de conduire de la recherche et de se mettre en réseau ?

2. La relation entre le secteur touristique et la ruralité

L’essor du secteur touristique a démarré à Rodrigues vers la fin des années 1980. Les visiteurs arrivent d’année en année en plus grand nombre et d’un nombre grandissant de pays. Cet essor serait attribué à l’authenticité de la destination Rodriguaise qui s’appuie sur un rythme de vie non-stressant, sur des atouts patrimoniaux naturels et culturels. Les patrimoines naturels sont des paysages vallonnés peu défigurés par du béton, un magnifique grand lagon, des plages, des plaines de calcaire et une flore endémique et indigène considérable. Les patrimoines culturels sont un mode de vie simple avec un art culinaire propre, une musique et des danses folkloriques traditionnelles, dont le Sega Tambour classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2017, une langue créole et une histoire très riche. L’écotourisme est aussi prédominant avec la plus grande capacité d’accueil en chambres se trouvant dans de petites structures et des activités liées au secteur réparties dans toute l’île. Quel avenir pour le secteur touristique quant à sa capacité de croissance, de maintien de son attractivité, et de sa durabilité dans le temps. Si l’authenticité de la destination est la source majeure de l’attractivité de la destination, il apparaît essentiel de la sauvegarder dans un contexte en pleine évolution lié à la croissance du secteur ou encore à la transformation économique et sociale de l’île. Ce dont il est question, c’est la préservation même de l’identité rodriguaise, une identité rurale forgée au cours de l’histoire.

Quelles sont les menaces qui pèsent sur cette identité du fait des transformations que connaissent Rodrigues ? Quelles sont les leçons à tirer, les expériences à partager et les mesures à prendre afin de sauvegarder cette authenticité ? Quelles sont les coopérations possibles au niveau de la région ? Quelles synergies de l’offre touristique rodriguaise dans l’ensemble national voire régional ? Quelles synergies au niveau régional ?

3. Ruralité et Culture

La culture, en particulier la musique et la danse, pourra être une contribution innovante à l’UROI 2019. La musique et la danse sont des expressions fortes parmi les traditions rodriguaises. La musique Rodriguaise est intimement liée à la danse qui en est l’expression corporelle. En plus de leur fonction de divertissement elles ont aussi eu des fonctions de régulation sociale ou d’accompagnement des travaux agricoles. La musique et la danse ne se sont pas développées de façon isolée mais émanent d’un vieux processus historique de l’interaction sociale. Ces expressions culturelles ont leurs assises fortement enracinées dans le peuple, d’où le lien entre la ruralité et la musique et la danse.

L’atelier consacré à la musique et la danse permettra d’explorer leurs contributions au développement local et à la ruralité. L’ensemble des îles du Sud-Ouest de l’Océan Indien a connu un même processus et on trouve un fonds culturel commun qui a influé sur la ruralité et le développement local. La musique est centrale à la culture des îles.

Un atelier de travail réunissant chercheurs, tels que ethnomusicologues et historiens, et praticiens dans des villages tels des auteurs et musiciens, des îles de la région pour explorer ce fonds culturel commun à travers la musique et la danse. Le Sega tambour à Rodrigues, le Camtolé aux Seychelles, le Maloya traditionnel à la Réunion, le Sega typique à Maurice etc.

L’Aménagement du territoire afin de contrer les menaces qui pèsent sur les territoires ruraux est le sujet qui sera traité dans le Kafé Kozé.

Rodrigues est engagé dans une série de transformations depuis le début des années 1980 qui a des impacts sur sa ruralité. Les transformations se sont accélérées au cours des deux dernières décennies et se manifestent par un processus d’urbanisation rapide avec un boom dans le secteur de la construction en béton, l’augmentation rapide du nombre de véhicules et le développement du secteur du commerce de produits de consommation marqué par la croissance des importations et de l’augmentation des déchets associés. Un fait historique(ou caractéristique majeure ?) majeur de la ruralité rodriguaise est l’occupation libre des sols et l’accès libre à la mer. Cette liberté a favorisé une utilisation du territoire qui n’a pas posé de problème tant que la société paysanne fonctionnait à plein régime, l’agriculture jouant un rôle régulateur important de l’utilisation des sols et tant que de surcroit la population demeurait relativement faible. Avec l’accès à l’éducation gratuite jusqu’au niveau tertiaire, la tertiarisation de l’économie, l’augmentation de la population et la croissance des revenus par tête, l’abandon des terres agricoles, la demande de terrain pour la construction augmente considérablement. Les constructions en béton, en empiétant souvent sur des terres agricoles, commence à avoir un impact important sur les paysages naturels. L’ensemble des transformations en cours a des impacts sur l’occupation du territoire, l’état des ressources naturelles et sur les modes de vies notamment. Si ces changements se maintiennent sans régulation cela risque de mettre en danger notre ruralité et l’authenticité de notre destination touristique. L’aménagement du territoire est un outil pouvant permettre de mener une régulation essentielle et d’assurer des équilibres entre espaces et favoriser les conditions d’un développement.

Les enjeux sont :

(i) de contrôler l’impact des constructions sur la formation du territoire,

(ii) de limiter les pertes de terres agricoles

(iii) de minimiser les dégâts à l’environnement et les paysages naturels,

(iv) développer, protéger et adapter des espaces de pâturages.

Quelles les contraintes à la mise en place d’un système d’aménagement du territoire adapté à Rodrigues ? Les leçons à apprendre des autres îles participantes, les appuis possibles de Maurice et de la Réunion.

Conclusion

Rodrigues est à la croisée des chemins, elle a forgé une identité forte, elle dispose d’un riche capital naturel et culturel. Par ailleurs la population a de fortes attentes en termes de développement qui nécessitent de moderniser beaucoup de pans de la vie. Quel équilibre à trouver ? Comment la vision « Rodrigues île écologique » peut aider à répondre aux défis de développement ? Comment mettre en œuvre cette vision ? L’UROI réunissant des acteurs de terrain et des chercheurs offre une plateforme idéale pour mener ces questionnements. Ce moment de partage peut participer à proposer des pistes de réflexion afin d’élaborer des solutions adaptées pour tendre vers les équilibres souhaités pour Rodrigues.

UROI

Documents à télécharger