Atelier, « Rodrigues, authenticité et isolement, vecteurs du développement du tourisme rural »

Comment Rodrigues réussit-elle à passer d’une économie traditionnelle à une économie intégrée dans son environnement india-océanique et le monde moderne tout en préservant son identité insulaire et son histoire qui ont défini sa créolité ? l’exemple du Tourisme rodriguais.

Intervenants :

Aurèle André, Président de l’Association du Tourisme Réuni de Rodrigues

Françoise Baptiste, Présidente de la Rodrigues Economic Chamber and Industry

Franchette Gaspard Pierre-Louis, Commissaire à la formation, à la femme, du développement de l’enfant et de entrepreneuriat

Rapporteur : Clément Suzanne, Maison du Tourisme du Sud Sauvage

Comment Rodrigues réussit-elle à passer d’une économie traditionnelle à une économie intégrée dans son environnement india-océanique et le monde moderne tout en préservant son identité insulaire et son histoire qui ont défini sa créolité ; l’exemple du tourisme rodriguais.

Intervention de Mr Aurèle André

Rodrigues est la plus petite des îles Mascareignes. Elle a 128 km² avec une population de 42 000 habitants. Elle a accueilli 73 864 touristes en 2016. Rodrigues a fait un choix de développement durable. Le tourisme a débuté dans les années 1970, il est donc récent. Rodrigues est l’unique île de l’Océan Indien où il existe des cavernes calcaires. Le premier résident de Rodrigues fut François Leguat, un huguenot protestant. Il y est resté trois ans. Ses écrits ont été retrouvés. Ils décrivent Rodrigues il y a 300 ans. Il disait qu’il y avait beaucoup d’eau et de tortues. Actuellement, il y a un site pilote de 20 ha qui présente des espèces endémiques et indigènes. On a créé un véritable écosystème avec 3 éléments : végétal, animal et minéral. Concernant ce projet, il est à noter qu’il s’agit d’une initiative privée, mais le foncier appartient à l’État. Lors de l’ouverture, le choix a été fait que les villageois visitent en premier avant les officiels. Il y a eu des consultants extérieurs mais les décisions ont été prises par les Rodriguais car il a été porté dès le départ par les locaux . Ce lieu sert de modèle qu’on espère partager à tout le territoire. Il y a l’élément social et environnemental. L’objectif étant de créer un tourisme à visage humain, c’est à dire par et pour les Rodriguais qui réfléchissent et se dépassent eux-mêmes. C’est une stratégie politique qui est définie, portée et acceptée par tout le monde. (Ce projet est à rapprocher de celui de Grand-Coude qui a longtemps souffert de l’isolement. Récemment, il y a eu un regroupement des locaux autour d’une association afin qu’ils fassent le choix de ce qu’ils veulent et de ce qu’ils ne souhaitent pas)

Intervention de Mme Françoise Baptiste

Rodrigues a été longtemps dans une économie de subsistance et de troc. On faisait de l’exportation vers Maurice comme les graines d’acacias pour les animaux. Rodrigues était le grenier de l’île Maurice. L’est-il toujours ou pas ? On remarque qu’il y a aujourd’hui de plus en plus d’importations dues au manque d’eau. Les enjeux sont d’atteindre 100 000 touristes en 2020. Comment pouvons-nous ensemble à partir de l’UROI permanente, trouver des solutions pour les problèmes d’eau ? On dispose d’atouts tels que le lagon. Comment fait-on pour préserver cette ruralité ? La mise en place de réseaux a été établie par le passé avec un agent de développement de la Réunion, Emmanuel Miguet. C’est, de cette époque que date le lancement du tourisme vert, la création d’une offre d’accueil chez l’habitant. Maintenant cette offre est bien présente. Il y a une économie informelle qui se développe. Les femmes, qui s’occupaient des enfants, ont senti des opportunités et ont pris leur place : agroalimentaire, miel, commerce, tables et chambres d’hôtes,… D’autres activités telles que celles de la mer et des guides sont apparues. Il y a eu l’émergence d’associations de femmes telles que l’AREF l’Association Rodrigues Entreprendre au Féminin) Les femmes ont saisi l’opportunité pour valoriser la carte verte et ont balisé les sentiers et planté 5000 arbres endémiques. Cela s’est traduit par une présence au salon Top Résa à Paris. Elles ont aussi participé, il y a deux ans, à La Réunion, à un concours de cuisine de l’Océan Indien et ont obtenu une médaille d’argent. L’Association Rodrigues Entreprendre au Féminin a, de nouveau, négocié pour une nouvelle formation afin de perfectionner l’esthétique et partir vers une gastronomie élaborée. On a eu également une publication d’un ouvrage intitulé « Les délices de Rodrigues » afin de pérenniser ce savoir-faire. On aime bien préserver nos valeurs, notre simplicité, notre esprit de simplicité dans le but de mettre en place notre « Made in Rodrigues ». Il faut afficher ce label. L’authenticité vient de notre architecture, notre choix de couleurs. L’Autorité effectue une démarche de contrôle en ce sens. On retient la ruralité heureuse.

Intervention de Mme Franchette Gaspard Pierre-Louis

Pourquoi les gens veulent visiter Rodrigues ? On vient à Rodrigues pour chercher la tranquillité, l’évasion. C’est pourquoi il faut protéger cette île. Car ceux qui viennent à Rodrigues doivent pouvoir trouver tout cela. Il faut aussi permettre aux enfants de prendre avantage de ce qu’on a eu. Rodrigues a été stigmatisée comme pays sous-développé ce qui est aujourd’hui un atout : aujourd’hui, Rodrigues n’aurait pas autant plu. Nous avons au niveau du gouvernement le souci de favoriser l’émergence des entrepreneurs locaux, les jeunes qui vont venir avec des idées nouvelles. A côté des hôtels de luxe, il faut favoriser les hôtels de charme dans le cadre du développement local. Il y a aussi la question de la préservation de la culture avec la reconnaissance du séga tambour comme patrimoine de l’UNESCO. Nous avons notre langue créole différente du créole mauricien, réunionnais ou seychellois. Il y a un projet d’élaboration d’un dictionnaire rodriguais. Le but est de développer des produits uniques. Nous avons le limon et nous attendons une identification géographique protégée. On peut aussi y extraire de l’huile essentielle. On a aussi le haricot rouge. On a le concours de l’Union Européenne pour nous aider à protéger ces produits. Cependant, on a des défis à surmonter avec le problème de l’eau qui freine les initiatives ; on a besoin d’avoir recours aux unités de dessalement de l’eau de mer. Les projets prennent du retard. Les capacités d’accueil sont importantes tout en protégeant notre environnement. Des études d’agrandissement de l’aéroport ont montré un fort risque d’endommager les grottes calcaires à proximité. Le projet de câble optique a été lancé. Nous avons aussi le souci de promouvoir une qualité de service avec la mise en place d’une académie de tourisme spécialisée dans la formation ; Un des piliers de notre économie reste le tourisme ; tout le monde est concerné.

Échanges

L’histoire de Rodrigues se caractérise par une très grande difficulté de liaison avec Maurice. Ce grand isolement a permis à Rodrigues de forger son agriculture. Dans les années 70, il y a eu un changement avec la sécheresse. Auparavant, on avait une quasi absence des autorités, leur présence était plutôt symbolique. Dans les années 80, une nette évolution avec l’arrivée d’un gouvernement progressiste. Le tourisme a pris son essor avec l’arrivée de l’ATR 42. L’arrivée de l’informatique constitue aussi un bouleversement. 36 % des emplois concernent la pêche et l’agriculture. Toutes les îles de l’Océan Indien sont confrontées au problème de la gestion des déchets. Qu’en est-il à Rodrigues ? Ce qu’on note, c’est qu’il y a la loi pour réglementer la gestion des déchets mais les gens ne l’observent pas. Il faut continuer la sensibilisation. On a besoin de faire encore plus d’efforts. On envisage aussi de mettre en place une politique encadrée pour donner aux déchets une plus-value . Concernant le renouvellement des ressources et la nécessiter de concilier les formes de développement, il s’agit de prendre conscience que Rodrigues ne peut pas produire en quantité, en masse mais en qualité. Pour améliorer la qualité des produits, Rodrigues s’est associée avec le lycée agricole afin de former 5 personnes en CAPA et autant en BPA.

Un autre aspect du développement est la maîtrise démographique. Il y a beaucoup de jeunes qui partent à Maurice et on a une population qui vieillit. Comment encourager les retours ? On ne peut plus se permettre de rester isolés. L’isolement a permis de se protéger de ce qui était néfaste ailleurs. Il faut maintenant équilibrer les flux. On est dans la bonne direction mais Rodrigues ne peut pas le faire seule. Notre isolement a été un frein mais aussi une force. Protéger son identité, est-ce se renfermer ? Il ne faut pas encourager les gens à partir pour partir, en pratiquant le Brain Drain, c’est-à-dire la fuite des cerveaux. Le problème de la croissance démographique devient un sérieux problème. On observe une tendance que Rodrigues devienne attractive et attire les résidents de Maurice.

Concernant la valorisation culturelle, le Festival « Paroles du Sud » rappelle que des Rodriguais ont déjà été invités à la Réunion. Ainsi, on s’est aperçu qu’on retrouvait la même trame des contes dans les Mascareignes. Il y a, là, une filière à exploiter, à développer. La promotion touristique doit aussi se traduire par le web 2.0 et les réseaux sociaux au travers du tourisme expérientiel et du storytelling (pouvoir raconter une histoire).

Résolutions

1/ Conduire une réflexion sur la gestion des déchets

2/ Établir un partenariat avec l’association Kozé Konté de Saint-Joseph sur la filière contes

3/ Construire la communication de la destination Rodrigues sur le web et les réseaux sociaux

4/ Collaborer sur le partage de connaissances sur les sentiers de randonnées.

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Atelier 3 du 06 décembre 2017

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